Le patrimoine en Éthiopie et dans la Corne de l’Afrique : construction, usages et enjeux
Le patrimoine est un objet de recherche interdisciplinaire. Paléontologues, archéologues, ou historiens décrivent, contextualisent et analysent des objets, des lieux, des pratiques qui peuvent un jour être érigés en patrimoine dans un musée ou sur un territoire. Politistes, anthropologues, ou géographes se saisissent des patrimonialisations pour en analyser les ressorts, les usages et les instrumentalisations.
Les politiques patrimoniales mises en œuvre par l’État éthiopien ou le Somaliland, par certaines entités ethno-régionales ou administrations locales contribuent à mettre en scène une identité, à écrire ou réécrire un récit national, et/ou régional. L’enjeu est aussi économique. En valorisant la richesse historique, environnementale et la diversité culturelle du pays, les pouvoirs publics ambitionnent d’attirer les touristes internationaux, mais aussi la diaspora et les élites urbaines. Cette ambition se heurte cependant à l’insécurité et aux conflits qui touchent plusieurs régions d’Éthiopie, dont celles où se concentrent les principaux sites patrimoniaux, notamment les biens inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco.
Régulièrement amené à coopérer avec les institutions éthiopiennes en charge de l’identification, de la conservation et de la valorisation du patrimoine, les recherches pluridisciplinaires soutenues par le CFEE interrogent, entre autres :
- La transformation des institutions en charge du patrimoine en Éthiopie, des dynamiques liées aux réformes successives de l’administration éthiopienne à celle liées aux débats internationaux sur la restitution des biens acquis/spoliés pendant les périodes coloniales ;
- Les revendications et appropriations locales de la notion de patrimoine en Éthiopie, entre construction de l’État (« sentiment patrimonial » de certaines élites), revendications ethno-nationales qui déclinent à différentes échelles les logiques de patrimonialisation et de muséification des productions culturelles (musique, architecture, cuisine, langues, etc.) ;
- Les implications des politiques patrimoniales pour les sociétés qui produisent les objets et habitent les sites, ce qui permet de revisiter les rapports État/sociétés, les rapports entre groupes sociaux, d’un territoire à l’autre, etc. ;
- Les relations des États avec le reste du monde, notamment avec les organisations internationales et les réseaux d’expertise compétents dans ce domaine.
Pour en savoir plus, consultez les pages dédiées à chaque mission :
- Sustainable Heritage in Ethiopia