Axe 3. Transformations sociales et politiques dans la Corne de l’Afrique contemporaine

3.1. Mobilités, migrations et circulations dans la Corne de l’Afrique

Les migrations dans la Corne de l’Afrique ne se réduisent pas aux trajectoires de personnes cherchant à rejoindre l’Europe, bien que les décès de migrants éthiopiens, érythréens, somaliens ou djiboutiens aux abords des côtes méditerranéennes attirent régulièrement l’attention internationale sur cette région. Les mobilités y sont anciennes, multiples et constitutives des dynamiques sociales, politiques et économiques de la sous-région. Elles s’inscrivent dans les transformations du pastoralisme, les déséquilibres du développement, l’urbanisation et l’évolution des modes de vie, dans un contexte marqué par une forte instabilité politique, économique et environnementale.

Les déplacements intérieurs, qu’ils soient qualifiés de volontaires ou forcés, doivent être compris dans leur articulation avec les dynamiques transfrontalières. Les observations menées aux frontières régionales et à travers la mer Rouge montrent que les parcours migratoires prennent souvent la forme d’itinéraires fragmentés, faits d’étapes successives, d’allers-retours et de migrations pendulaires. Migrations saisonnières, déplacements provoqués par les conflits, les violences intercommunautaires ou les sécheresses se combinent ainsi avec des projets régionaux ou internationaux de vie et de survie.

La longue histoire migratoire de la Corne a également favorisé l’installation durable de communautés indiennes, arméniennes, yéménites ou levantines, qui continuent d’alimenter des circulations économiques, culturelles, patrimoniales et intellectuelles. Les diasporas originaires de la région entretiennent elles aussi des liens soutenus avec leurs sociétés d’origine. La Corne apparaît ainsi simultanément comme un espace de départ, d’accueil et de transit.

Ce sous-axe analyse les migrations intra-régionales, les mobilités vers les pays du Golfe et de l’OCDE, ainsi que les circulations d’élites vers la région. Il étudie les conditions différenciées d’accès à la mobilité, les politiques publiques, la pluralité des statuts migratoires et les transformations identitaires, sociales et économiques produites par la migration, tout en intégrant l’histoire des diasporas pour éclairer les dynamiques contemporaines.

3.2. Transformation de l’Etat et des territoires en Ethiopie et dans la Corne de l’Afrique

Depuis les années 2000, et plus encore sous le gouvernement de l’Ethiopian Peoples’ Revolutionary Democratic Front (EPRDF), le développement s’est imposé comme un principe structurant de l’action publique en Éthiopie. Fondée sur l’idéologie de l’« État développemental », cette orientation attribuait à l’État un rôle central dans la conduite de l’économie et de la modernisation, tout en intégrant progressivement certains principes néolibéraux. L’arrivée au pouvoir du Premier ministre Abiy Ahmed en 2018 a suscité d’importants espoirs de réformes politiques et économiques, rapidement confrontés aux tensions interethniques, aux déplacements forcés, aux conflits armés et à la montée des nationalismes régionaux.

Les transformations urbaines constituent un des angles privilégiés de ces recompositions politiques et sociales. Addis-Abeba, mais aussi de nombreuses villes secondaires, ont connu une modernisation rapide marquée par la multiplication des infrastructures, des logements collectifs, des transports et des parcs industriels. Les politiques de corridors urbains, de réaménagement des berges ou de création d’espaces vitrines témoignent d’une volonté de projection internationale des villes éthiopiennes, mais elles ont également engendré des déplacements forcés, fragilisé des collectifs de quartier et accentué les inégalités socio-spatiales.

Dans la continuité des recherches sur l’État développemental, ce sous-axe analyse plus généralement les matérialités de l’action publique, discute les processus de (neo)libéralisation en cours et les dispositifs concrets de gouvernement. Il étudie les interactions entre niveaux fédéral, régional et local, ainsi qu’entre administrations, parti, autorités intermédiaires et sociétés locales. Une attention particulière est portée aux pratiques bureaucratiques, aux idéologies modernisatrices, aux mobilisations sociales et ethniques, ainsi qu’aux effets différenciés des politiques publiques sur les rapports de pouvoir, les opportunités économiques et les parcours de vie.

3.3. Conflits, violences et modes de régulation dans la Corne de l’Afrique

La Corne de l’Afrique est secouée par une série de conflits allant de la guerre civile au Tigray aux affrontements sporadiques (conflits pastoraux dans la vallée de l’Omo ou en pays Afar) et/ou localisées (mobilisations armées en région Amhara et Omoria, mouvements islamistes dans l’espace Somali), caractérisés par de hauts niveaux de violence contre les populations civiles : déplacements forcés, enlèvements,  violences sexuelles, interruption de l’accès aux services publics de base, entre autres. Ce sous-axe explore les formes de violence qui traversent la Corne de l’Afrique ainsi que les dispositifs (mécanismes de résolution, de médiation et de justice transitionnelle) déployés pour les réguler, les administrer ou y répondre.

Différentes recherches s’intéressent notamment à la montée des nationalismes régionaux ainsi qu’aux formes prises par les guerres civiles qui traversent la Corne de l’Afrique. Le temps long de ces conflits et leur caractère sporadique amènent également à interroger l’expérience de la guerre au quotidien et comment les sociétés se reconstruisent dans un contexte d’incertitude persistant.

 

 

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