Axe 2. Matérialités, cultures de l’écrit et histoire orale
Archéologie historique en Éthiopie : formations politiques, cultures, religions
Ce sous-axe s’inscrit dans la continuité de recherches réalisées par la mission archéologique française en Éthiopie. En combinant fouilles et analyses du mobilier archéologique, l’objectif de ces études est de reconstituer l’histoire des sociétés éthiopiennes depuis la période aksumite (Ier siècle de notre ère) jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Ces approches sont également croisées avec l’étude de textes, d’inscriptions, d’archives et d’autres sources comme l’iconographie, la numismatique ou les enquêtes orales. Les recherches actuelles se concentrent notamment sur le site aksumite de Wakarida (région du Tigray) et les sites médiévaux de Lalibela (région Amhara) ou dans la région du Gédéo ou le bassin supérieur de l’Awaš. Ces études portent sur différentes formations politiques telles que les cités-états aksumites, les sultanats musulmans, les royaumes chrétiens ou les sociétés mégalithiques (aussi nommées non-monothéistes). Ces recherches analysent à la fois les interactions entre ces groupes et les transformations liées à la christianisation et à l’islamisation, à travers les pratiques funéraires, les monuments et l’organisation des territoires.
Écritures de l’histoire et pratiques de l’écrit dans la Corne : strates, intersections, décloisonnements
L’Éthiopie se caractérise par une tradition historique qui inscrit son identité nationale, religieuse et culturelle dans la longue durée. Les discours identitaires s’appuient souvent sur un passé ancien parfois légendaire, comme la revendication d’une descendance des rois bibliques David et Salomon. À la fin du XIXe siècle, cette référence au passé s’est renforcée pour affirmer l’Éthiopie face aux puissances impérialistes. Longtemps dominée par le récit d’un État impérial chrétien orthodoxe, l’historiographie a marginalisé les histoires des nombreuses populations composant l’État éthiopien. Les transformations politiques récentes ont toutefois favorisé l’émergence d’historiographies régionales et locales, même si certaines relectures du passé restent liées à des enjeux identitaires et politiques. Malgré des contraintes telles que la censure ou le nationalisme, les recherches menées adoptent des approches interdisciplinaires. Les corpus éthiopiens comprennent notamment de nombreux documents administratifs produits par des sociétés chrétiennes et musulmanes, qui permettent d’étudier l’accès à l’écrit, les pratiques juridiques et l’évolution des langues écrites. Les travaux portent également sur le repérage et l’analyse de fonds d’archives conservés dans des institutions religieuses et patrimoniales, dont la préservation et l’accessibilité sont favorisées par des initiatives de numérisation comme la plateforme Ethiopian Manuscript Archives. Les recherches soulignent aussi l’importance des traditions orales (récits historiques, chants religieux ou profanes, commentaires de textes) et des histoires régionales, qui renouvellent l’analyse des pouvoirs politiques, religieux et économiques dans la Corne de l’Afrique médiévale et moderne. Elles mettent également en évidence les relations historiques avec d’autres espaces géographiques, tels que l’Égypte, la Nubie, la mer Rouge, l’océan Indien ou Jérusalem. Enfin, le début du XXe siècle correspond à une phase intense de réécriture de l’histoire éthiopienne, dont l’étude est essentielle pour comprendre les sources plus anciennes et les enjeux contemporains de leur accessibilité.
Pour en savoir plus, consultez les pages dédiées à chaque mission :
- Mission Wakarida
- Mission Abaya
- Sustainable Lalibela/Sustainable Heritage in Ethiopia
- ANR InterMedE
- Mission Shawa
- Projet Kewakibt/Constellations